vendredi 11 janvier 2013

Les premiers mots

Faisons fi des débats incessants sur l'apprentissage de la lecture et des méthodes plus ou moins globales que l'Education Nationale essaie de démêler et tentons de retrouver le plaisir de la découverte, sans complexe ni doctrine.

Faire découvrir les mots et par là le langage au tout petit, c'est lui ouvrir bien plus que la littérature: il s'agit de l'ouvrir au monde, le sortir de la sphère familiale et familière, certes sécurisante, mais vite insuffisante. Le parent est la personne privilégiée pour le guider dans cette transition.

Le sens des mots
Le premier rapport avec le langage se fait au-delà de la simple acquisition d'un vocabulaire. A l'époque même du jasis, ce langage propre aux petits bébés que les parents se plaisent à imiter, l'enjeu de la conversation est celui d'une quête de sens. Celui-ci est multiple.

Il s'agit d'abord de créer du lien. Avant même d'appeler ses parents personnellement, le tout-petit communique son intérêt, son malheur, sa surprise, ou même son ennui. Lui retourner son écho, même sans utiliser des mots, lui permet de savoir qu'il n'est pas seul, qu'il peut interagir par l'intermédiaire des sons. C'est le premier sens: il fait partie d'une communauté composée d'entités extérieures à sa petite personne mais avec lesquels il peut communiquer.

Le sens se complexifie très vite par l'intermédiaire du discours parental. Pour paraphraser René Diatkine*, je pourrais faire référence à mon expérience personnelle. Lorsque les soucis m'assaillent, que je suis préoccupée, je deviens muette avec mon enfant. Je m'en occupe soigneusement mais je réalise les soins machinalement. Au contraire, quand je suis tout à ce que je fais, ces moments deviennent volubiles et le moindre des gestes devient matière à communication. Bien plus que d'exprimer l'importance cruciale de l'hygiène ou de la tenue vestimentaire, ce petit récit quotidien introduit le sens du temps.  
D'abord on retire les vêtements, pour se prélasser dans le bain, puis on se savonne, après on se sèche et enfin on remet des vêtements propres. 
Par l'intermédiaire de cette petite histoire vécue en commun et racontée par le parent, le bébé est introduit à un des fondements du langage : la temporalité. Parler sert à communiquer ce qui s'est passé, prévenir de ce qui va se produire et comprendre les liens de causes à effet. Les éléments de la vie quotidiennes se transforment ainsi en rituels sous l'effet du langage et leur répétition amène la pensée à se structurer et permet à bébé de comprendre des sens de plus en plus complexes.

A partir de cette structure solide, le vocabulaire peut s'étoffer.

Les mots pour le dire
Imagiers, affiches, albums, journaux, radio ... Nous sommes entourés d'une forêt de mots qu'il convient de défricher pour le plus jeune enfant. En plus de pouvoir nommer et donc s'approprier les éléments du monde qui l'entourent, le jeune enfant va pouvoir dompter les sentiments contradictoires qui l'habitent.

Parmi la diversité des mots, certains vont ressortir plus que d'autres. Le prénom de l'enfant est celui qu'il va entendre le plus souvent, pourquoi ne pas le mettre en évidence? Cubes, étiquettes pour vêtements, des objets de plus en plus créatifs permettent de sensibiliser l'enfant à son identité.

Cubes personnalisables Uncle Goose

Pour élever le niveau des significations, le pouvoir des contes n'est plus à démontrer**. Les déconvenues rencontrées par les héros permettent à l'enfant de fixer ses peurs sur un récit qui connaît une conclusion. Peur, amour, jalousie, manque... tous ces profonds sentiments trouvent leur plus simple expression au sein des contes.

Alors, pourquoi se priver de partager cette multitude de mots, fondement de la lecture et de la culture dès le plus jeune âge?

Références:
*à lire sur René Diatkine, Marie Bonnafé, Les livres, c'est bon pour les bébés, Paris, Calmann-Lévy, 2001.
** Indémodable: Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduction de Théo Carlier, Paris, Robert Laffont, 1976

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