mercredi 24 avril 2013

La Sélection obligée : l'homoparentalité dans les livres jeunesse

J'écris cette sélection à contre-cœur. Qu'on me comprenne, en règle générale je n'accroche pas trop avec livres qui ont une portée pédagogique trop marquée, dont le seul but est de faire passer un message. Pour moi, les enfants doivent être élevés dans la tolérance et le respect de la libre pensée, on ne doit pas leur faire entrer des idées, quelles qu'elles soient, de force dans la tête. 

Cependant, l'ambiance sociale de ces derniers jours m'obligent à quitter ma réserve. J'ai toujours naïvement cru que l'éducation et l'ouverture d'esprit allaient de pair, et j'avais tort. Je suis obligée de parler de l'homosexualité et de l'homoparentalité dans les livres jeunesse parce que la violence dont font preuves les détracteurs de la légalisation du mariage homosexuel est dirigé contre les enfants, ceux qui vivent avec deux parents du même sexe, mais aussi tous ceux qui ont un esprit malléable, de mauvaises références culturelles ou peu de soutien parental qui pourraient croire que l'homosexualité est un mal. 

La polémique autour du film Le Baiser de la Lune destiné à sensibiliser les enfants de l'école primaire sur les amours homosexuelles a montré à quel point les associations de parents sont actives défendre leur bien-pensance et leurs prises de position liberticides qu'ils nomment "valeurs". Elles n'en sont que plus néfastes pour la jeunesse et, après avoir lu l'article de Christelle sur ce sujet, je me rends compte qu'il est de notre devoir de parents et de citoyens de sortir de notre silence offusqué. 

Certains livres de la sélection qui suit ont provoqué un lever de bouclier chez nombres d'associations et de tenants de la bonne morale comme l’inénarrable Edwige Antier qui se sont targuées de défendre le droit, en particulier la loi 49-956 qui régit les publications destinées à la jeunesse. S'ils avaient lu tous les mots, ils auraient peut-être remarqué qu'il y est interdit d'inciter à la haine...


Le livre d'Ophélie Texier a suscité un vif débat lors de sa première édition en 2004. Il inaugurait une toute nouvelle collection, "les petites familles" destinée aux jeunes enfants à partir de 2 ans. On y découvrait que, contrairement à ce que nous racontent souvent les livres pour enfant, la famille ne se fait pas sur un modèle reproduit depuis la nuit des temps, mais que les voies de l'amour pouvaient être aussi impénétrables que celles du Seigneur revendiqué par les opposants à cette littérature perverse. En fait, avec des mots simples et un personnage attachant, l'auteur pose des questions en toute tendresse et prend avant tout le parti de l'enfant. 

Et la nature dans tout ça? Elle a aussi droit de citer au travers de cette histoire vraie qui nous est joliment rapportée par Béatrice Boutignon. Au zoo de Central Park, deux manchots mâles ne se quittent plus, même lors de la saison des amours. Un jour, ils recueillent un œuf abandonné et en prennent soin jusqu'à ce que Tango vienne au monde, entouré par la tendresse de ses deux papas. 

Tinig ne comprend pas toujours les mots qu'on emploie pour parler de son père : tapette, gai, socratique... Son imagination fertile prend tous ces mots au pied de la lettre et on sourit de ses interprétations joliment croquées par Anna Boulanger. Un bel album qui détourne la violence pour en faire de la poésie brute. 

Il existe un bon nombre de romans pour les adolescents concernant l'affirmation de l'homosexualité ou la discrimination liée à celle des parents. Je citerai rapidement les œuvres de Christophe Honoré (Je ne suis pas une fille à papa, Thierry Magnier, 1998, ou Tout contre Léo, L'école des loisirs, 1996 adapté au cinéma en 2002) ou Sur les quais, d'Ingrid Chabert et Anne Loyer (éditions Les Lucioles, 2011). Je ne m'y attarde pas car, comme souvent dans la littérature dédiée à cet âge, les histoires tirent trop vers le pathos. L'homosexualité est une tare avec laquelle les héros doivent apprendre à vivre, en plus de tout ce qui les accable (le deuil, la solitude, la pauvreté...). Je suis un peu gênée par cette tournure que prennent les livres destinés aux années collèges : il faut faire "prendre conscience" des problèmes de la société aux jeunes, subitement. Vous aurez facilement compris avec cette sélection que je prend le parti de parler de tout, et à tout âge.

Pour conclure cet article, je donne aux sceptiques le lien de l'association Le Refuge, qui aide les jeunes homosexuels qui sont exclus par leur famille ou qui subissent des attaques de leur entourage pour avoir choisi un mode de vie différent.

  

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