mercredi 12 juin 2013

Boris Vian à tout âge

Après Brassens, faites découvrir un grand nom du patrimoine musical à vos enfants avec l'oeuvre de Boris Vian. Jeune homme fragile couvée par sa mère et né dans un milieu très aisé, Boris Vian n'était pas prédestiné à la carrière difficile d'artiste maudit. En effet, ce n'est qu'après sa mort (prématurée) que l'écrivain, poète, chanteur, musicien, dramaturge (et j'en passe) a été découvert par un large public, jusqu'à devenir aujourd'hui un classique incontournable de la littérature moderne.

L'oeuvre de Boris Vian correspond bien à la jeunesse tant par sa forme que par les sujets évoqués. Créateur prolifique, Vian était touche-à-tout et ne s'arrêtait pas aux conventions. Jeux de mots et contrepets, peintures et dessins, romans, chansons ou jazz, toute forme de création était propice à exprimer sa vision du monde. Et cette vision rappelle en de nombreux points celle des enfants.

Jeux de mots et de sons 
Boris Vian a gardé de l'enfance cette faculté à toujours redécouvrir le langage, et à le réinventer. Proche de Raymond Queneau et des surréalistes, il peuple ses romans d'objets et personnages répondant aux noms barbares d'"agents d'armes" ou "prétentiards" et où la monnaie d'échange est le "doublezon".

Pour initier les plus jeunes à ce jeu sur les sonorités, rien de tel que le joyeux livre-cd édité par les éditions Formulette avec le groupe de chanson française Debout sur le Zinc et l'illustrateur Tomi Ungerer.
L'orchestration festive de Debout sur le Zinc réanime les comptines de l'Abécédaire et conserve leur facétie intacte. A chaque lettre correspond un personnage et jeu sur les sonorités offertes par la langue française. Feuilletez le livret et découvrez chansons "F comme François" et "C comme Célestin" offerts par la Bibliothèque Nationale de France.

Avec l'apprentissage de l'écriture, beaucoup d'enfants affectionnent les listes, comme des collections d'objets précieux. L'inventivité de Boris Vian, peu reconnue de son vivant dans le domaine de la littérature, l'a conduit a connaître le succès dans la chanson et le jazz. La Complainte du Progrès décrit notre société dans laquelle les gadgets remplacent les relations humaines, mais ravit les enfants avec sa ribambelles d'objets astucieux, du pistolet à gaufres au cire-godasses en passant par l'utile chasse-filous.

Les éditions du Rouergue et RadioFrance ont d'ailleurs adapté cette chanson pour la jeunesse dans un joli livre-cd signé Linda Corazza et Philippe Meyer. On y retrouve le goût de l'accumulation, et on se plaît à redécouvrir les objets déjantés de la chanson. 



Angoisses et rébellions créatrices
La petite enfance de Boris Vian a été idyllique en bien des points. Issu d'une famille fortunée, il est élevé avec ses deux sœurs et son frère dans l'amour des jeux de mots et de la musique. Cette période bénie prend brusquement fin avec la crise de 1929 puis la Seconde Guerre Mondiale : ses parents, jusque là rentiers, doivent se défaire de leurs propriétés et la famille apprend les dures réalités du temps de guerre. Bien qu'il n'ait pas été touché directement par la guerre, Vian gardera un profond sentiment pacifiste de ces années, réveillé par les guerres de décolonisations des années 50. Le Déserteur, Le Petit Commerce et La Java des Bombes atomiques portent les traces de ce dégoût pour la guerre et raille son absurdité. 



Boris Vian donne l'impression de voir les choses d'un point de vue décalé, comme un enfant les percevrait. Dans La Java, la question de l'armement nucléaire est abordé par l'histoire de son oncle, sorte de Professeur Tournesol un peu toqué. 

La maladie est un autre des fantômes qui rôdent, autour de Boris Vian. De faible constitution, il tombe régulièrement malade à partir de son adolescence et n'arrange pas son état en menant une vie dissolue. Dans ses livres comme dans ses chansons, il apprivoise cette angoisse par la métaphore et le détournement. Dans son oeuvre la plus connue, L’Écume des Jours, Chloé, la fiancée de Colin, est atteinte d'une étrange maladie : un nénuphar pousse à l'intérieur de son poumon. Dans un de ses plus beau poèmes à mon sens, Vian détourne cette peur de la mort en déclaration d'amour à la vie. 

Encore une liste à collectionner, ici chantée par Les Têtes Raides : des voyages et des animaux exotiques, des sensations et des plaisirs... tout un tas de bonnes choses qu'offre la vie à découvrir dès le plus jeune âge.

2 commentaires:

  1. Mettre en scène une pièce de Boris Vian a été une expérience particulièrement forte... Il oscille sans cesse entre l'univers enfantin et celui de l'adulte. Faut-il le prendre au sérieux ? On n'en sait rien et c'est ça le génie de Vian :D

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  2. Je prends le parti de ne pas prendre la culture en général trop au sérieux !

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