dimanche 13 octobre 2013

Même pas peur ! Des ogres

L'ogre est une figure mal-aimée de la littérature enfantine s'il en est. Contrairement au loup, celui-ci a des traits bien humains, et sa vilenie n'en ressort que plus terrifiante pour les enfants. En effet, ce méchant absolu des contes de notre enfance touche au tabou absolu de notre société : le cannibalisme. Non content de se repaître de de chair fraîche, l'ogre a une prédilection pour celle de premier choix des petits enfants. Depuis Hansel et Gretel au Petit Poucet en passant par Barbe Bleue, les exemples de la cruauté des ogres ne manquent pas dans les contes traditionnels... et si certains faisaient mentir cette réputation ? 

Il suffit parfois d'une rencontre pour changer la nature du plus vorace des cannibales. Quelques livres se fondent sur cette croyance optimiste pour dresser un portrait en douceur d'ogres qui, s'ils ont commis des atrocités par le passé, se lient d'amitié avec le contenu de leurs assiettes. 

Tomi Ungerer, Le géant de Zeralda, L'école des loisirs, 1971, 2002

Tomi Ungerer est réputé pour son oeuvre de réhabilitation des personnages honnis par l'imaginaire collectif (dont Rufus la chauve-souris déjà évoqué dans ces pages). Il y réussit fort bien avec Le géant de Zeralda, ogre acariâtre réputé pour se nourrir exclusivement d'enfants, qui capture un jour LA petite fille qui fait la différence. Telle Shéhérazade, elle parvient à détourner l'Ogre de ses élans sanguinaires en lui cuisinant chaque jour de bons petits plats rivalisant d'inventivité.

Anaïs Vaugelade, Le déjeuner de la petite ogresse, L'école des loisirs, 2002
Une histoire d'amour comparable naît entre les deux protagonistes de ce petit roman à destination des premiers lecteurs de 6 - 7 ans. La jeune ogresse du titre se découvre des sentiments pour son futur repas, un petit garçon peu commun qui n'a même de ses dents aiguisées ! D'ordinaire peu sensible aux illustrations d'Anaïs Vaugelade, une des signatures récurrentes de l'Ecole des loisirs, j'admets avoir été conquise par les pages en sépia qui rendent d'une façon subtile les sentiments qui naissent entre les deux enfants et donnent un petit air désuet à cet univers très tendre.

André Bouchard, 2 ou 3 Enfants bien dodus pour 9 personnes, Circonflexe, 2009

Point de rédemption pour cet ogre, père d'une famille de 7 filles affamées qui compte bien se mettre un marmot ou deux sous la dent pour le dîner. Croqué sous les traits d'un joyeux bonhomme avenant, il nous donnerait presque envie d'être du côté de ces atroces carnivores. En effet ! Une terrible pénurie de chair fraîche touche la famille : point d'enfant sur les étals du boucher ou dans les rues, ils sont tous gardés de près à l'école ! L'album joue sur la dérision et la bonne humeur, et fera sourire les jeunes enfants dès 6 ans.

Karim Ressouni-Demigneux et Thierry Dedieu, L'ogre, Rue du Monde, 2007

Les enfants du quartier craignent tous un des habitants qui, tapi dans l'ombre de son appartement, fait penser à un ogre. Un jour, les pompiers découvrent son corps mort et laissent la voie libre aux enfants pour en apprendre plus sur celui dont il ne connaissait que le peu d'apparition derrière ses fenêtre. Loin de découvrir une créature sanguinaire, ils font connaissance, mais un peu tard, avec un personnage sensible qui s'amusait de sa réputation auprès des enfants et qui souffrait d'une grande solitude. Karim Ressouni-Demigneux livre un récit qui réinterroge la figure de l'ogre à la lumière de notre vie moderne empreinte d'isolement. Les illustrations de Thierry Dedieu mettent magnifiquement le mystère de ce texte magnifique à lire à partir de 10 ans.

N'ayez crainte, même les ogres s'adoucissent dans les livres ! Bonne lecture à tous !

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