samedi 4 janvier 2014

De l'art et du cochon : testons l'expo pour grands avec des enfants

Je relaie régulièrement des plans de sorties kidfriendly ici même, des idées pour faire découvrir l'art et la culture à vos enfants en Ile-de-France et à Paris. Il faut dire que les institutions de la capitale mettent un point d'honneur à soigner leur programmation jeunesse en proposant ateliers, visites contées, livrets de découverte... Et les parents dans tout ça ? Après tout, on a bien le droit d'être lassés de l'art brut des Roy Liechtenstein et Keith Haring, on peut en avoir plein les oreilles de regarder la moitié d'une exposition pour suivre le parcours d'énigmes prévu par les cahiers jeunesse et de colorier la Joconde en orange fluo. 

Parents de tous pays, unissez-vous et reprenez vos droits sur vos week-end ! Pour montrer le bon exemple, j'ai testé pour vous deux expositions absolument inadaptées aux enfants avec... des enfants ! L'idée n'est pas de les choquer, mais au contraire de montrer que l'art n'est pas aseptisé et d'aborder la question trop tabou de la nudité. 

Notre équipe de testeurs : 
- Adulte 1, la quarantaine, bobo, chef d'une entreprise culturelle, Parisien pur sucre. Dépenses culturelles mensuelles : plus de 200 euros. Background culturel : plutôt amateur éclairé, fan du modernisme trash version Egon Schiele croisé avec Ron Mueck. 

- Adulte 2, petite trentaine, bobo refoulée, salariée frustrée d'une entreprise culturelle, provinciale expatriée plus Parisienne que les Parisiens. Dépenses culturelles mensuelles : plus de 100 euros.  Background culturel : pur produit de l'école républicaine, ne parle pas sans avoir un master spécialisé ou lu 40 bouquins sur le sujet, diplômée en histoire de l'art et en management culturel. 

- Enfant 1, 10 ans, élève en CM2, Parisien ascendant Montmatrois. Dépenses culturelles mensuelles : nulle (merci l'école, les grands-parents et la bibliothèque municipale). Background culturel : gavé dès la naissance, élève au Conservatoire, traîné par ses parents, beaux-parents et grands-parents dans un nombre incalculable d'expositions, de concerts et de performances. Trop dure la vie. 

- Enfant 2, 16 mois, créchiste et fière de l'être, Parisienne ascendant Goutte d'Or. Dépenses culturelles mensuelles : (par procuration) 50 euros de bouquins (Adulte 2 est un peu obsédée par la question). Background culturel : préférence marquée pour les musées acceptant les poussettes, pianiste du dimanche. 

Les expositions sélectionnées : 
Félix Valloton : le feu sous la glace, Grand Palais, jusqu'au 20 janvier.


Masculin/Masculin l'homme dans l'art de 1800 à nos jours, Musée d'Orsay, jusqu'au 12 janvier.


On l'aura compris, le "problème" supposé de ces deux expositions actuellement présentées dans deux des institutions prestigieuses de notre pays est la nudité des modèles. Pour ce qui est de l'exposition à Orsay, elle y est omniprésente, puisqu'il s'agit d'une étude comparée sur des siècles de nu masculin dans l'art.  Quant à rétrospective du Grand Palais sur le travail de Félix Valloton, sous un abord plus sage, elle consacre une large place à l'une des obsessions du peintre Suisse : les femmes. 

Quelle idée d'y emmener des enfants ?
Je passe sur le fait que Adulte 1 avait une véritable envie de voir ces expositions qui comportent de très belles pièces rarement montrées. Après tout, quand on a des enfants, on modère son plaisir pour leur bien être. Je passe aussi sur le fait qu'Adulte 2 n'avait pas nécessairement envie de passer une après-midi pluvieuse à la maison, ce ne sont que des considérations personnelles. 
Je passe difficilement sur le fait que les deux expositions présentent de véritables qualités que même un enfant de 10 ans peut apprécier. Certes, les femmes lascives de Valloton ainsi que ses études de parties "honteuses" cadrées serré sont "osées", selon les propres mots de notre Testeur 1. Certes, ça fait beaucoup de bijoux de famille au mètre carré dans la petite partie du Musée d'Orsay dévolue aux expositions temporaires. Mais en quoi cette nudité masque des véritables réflexions artistiques sur l'anatomie, le désir et aussi la place du corps dans la société ? Puisque nous avons encore l'opportunité d'admirer du nu ou d'autres formes d'art dans notre pays, pourquoi le cacher à nos enfants ?

Trop compliqué pour des enfants ?
C'est le point de vue de certaines associations de parents bien-pensants. Souvenons-nous du scandale provoqué par l'exposition Présumés Innocents dont les commissaires avaient été accusés de "pédopornographie" pour avoir exposé des oeuvres licencieuses de Balthus ou des clichés sulfureux de Robert Mapplethorpe aux prudes regards des enfants.
L'idée n'est pas bien sûr de choquer pour choquer mais voici quelques thèmes qui peuvent être abordés.

- Pourquoi représenter  les hommes comme les femmes nus ? Et au passage rappeler que le nu est un exercice récurrent dans l'apprentissage classique du dessin qui demande beaucoup de technique.

- Est-ce que ces représentations représentent la réalité ou un idéal ? Un enfant même très jeune peu comprendre l'enjeu des statues grecques représentant des hommes dans la force de l'âge quasiment sans défaut. De notre côté, nous nous sommes attardés sur cette photographie intitulée Vive la France ! de Pierre et Gilles. Réalisée à la suite de la victoire de l'équipe de France de football lors de la Coupe du Monde 1998, cette image fait sourire et interpelle les jeunes enfants, en particulier les garçons et son message est plutôt facile à évoquer (multiculturalisme et nationalisme etc.).


- La nudité est-elle drôle ? Souvent la réaction des plus jeunes est de rigoler lorsqu'ils voient une image qui les choque comme la nudité. Plutôt que d'éviter le problème, interrogez-les sur leur réaction, discutez ensemble de la nudité en société, sur les écrans... Qui voit-on nu, par exemple à la télé ? Les sportifs mais pas les politiques, certains chanteurs mais pas les journalistes...

Bilan
Avec Testeur 1, les expositions ont permis d'évoquer certains sujets de fond sans forcément suivre un parcours documenté et précis. Globalement, les oeuvres l'ont un peu ennuyé, même si la pluri-disciplinarité de Masculin/Masculins à Orsay l'a plus enchanté (notamment la sculpture hyper réaliste de Ron Mueck). Du point de vue de la nudité... quelques heures après c'était oublié !
Testeur 2 a pris son goûter sans ciller. Je vous dirai dans 15 ans si elle a subi un traumatisme majeur.

P.S : Les adultes ont beaucoup apprécié ! (représentation ci-dessous : Etude de fesses, Félix Valloton, vers 1884).

3 commentaires:

  1. Hahahahahahahahaha j'ai ri du début à la fin :) Merci
    Si testeur 2 a pris son goûter c'est que tout va bien

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    1. oui en même temps pour l'empêcher de le prendre il faut y aller...

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  2. Cela me rappelle le jour où j'ai déambulé entre les statues grecques du musée des Beaux-Arts de Lille avec mon testeur perso. Napoléon en empereur romain, il n'a pas vu le rapport !

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