vendredi 28 février 2014

[Tu seras une femme, ma fille] Playlist pour grandir en chantant

La musique a souvent une place de choix dans les souvenirs que l'ont garde de son enfance. De la chanson douce que me chantait ma maman aux tubes à la mode interprétés en play-back devant son miroir, les chansons aident à grandir et à se projeter dans l'avenir. Petite sélection de chansons françaises pour petites filles qui deviendront grandes. 

Carcasse, Anne Sylvestre


Anne Sylvestre est une chanteuse bien connue des plus jeunes. Ses Fabulettes ont bercé des générations d'enfants devenus parents à leur tour. Mais la carrière de la chanteuse, révélée dans les années 1960, dépasse les comptines rigolotes des Fabulettes. Ses talents de parolières, qui furent reconnus par Georges Brassens en personne, sont perceptibles dans les nombreuses chansons qu'elle a consacré aux femmes et à la condition féminine. Associée au mouvement féministe dans les années 1970, elle ne décrit pourtant pas une sorte de "stéréotype inversé". Dans les chansons d'Anne Sylvestre, les femmes peuvent être fortes ou faibles, frondeuses ou timides, libérées, mariées ou obsédées par le fait de plaire. Dans son vaste répertoire, Carcasse est un bon exemple de ce mélange difficile entre féminisme moderne et acceptation de soi. Anne Sylvestre dialogue avec son corps, sa "carcasse" avec qui elle cohabite depuis le jour de sa naissance, et qui sera toujours là à sa mort, comme son amie la plus proche. Périodes d'insouciance, puis de rejet et enfin de réconciliation sont évoquées avec beaucoup de justesse dans une chanson qui, si elle ne prémunira pas les jeunes filles contre une crise d'identité, pourra leur être de bon secours pour garder le moral.

Les filles de 1973, Vincent Delerm


La tendresse des textes de Vincent Delerm qui évoquent les femmes est représentative d'une forme de respect pour leur beauté et leur intelligence qui ne les confine pas à un idéal complètement mièvre. Quand Vincent Delerm parle d'une femme, il est à l'exact opposé du Miss Maggie de Renaud, qui prêtait aux femmes douceurs et bons sentiments. Chez Delerm, par exemple dans l'album Kensington Square de 2003, les femmes lisent (Les quatrièmes de couverture), elles sont érudites (Deutsche Gramophone), sont belles et mystérieuses... et parfois un peu stupides. Les Filles de 1973 ont trente ans est une ode aux adolescentes à côté de qui le chanteur s'est assis sur les chaises du lycée. Elles ont embrassé des causes humanitaires à la mode, ont tressés des bracelets brésiliens, se sont entichées du plus beau mec de la classe ou de Che Guevara... Vincent Delerm, dans cette chanson sous forme de litanie, fait un joli portrait de l'adolescence, pas simplement celle des années 90, celle qui survit en dépit de la puberté de plus en plus précoce; un doux portrait d'une féminité en construction, terriblement maladroite mais si attendrissante.

A chaque fois, Barbara


Grande figure de la chanson française, Barbara représente pour beaucoup la femme forte et indépendante. Les chansons qu'elle a interprétées, devenues pour bon nombre d'entre elles des classiques de notre patrimoine, racontent des femmes portées sur les choses de l'amour, parfois fort coquines (Si la photo est bonne, Joyeux Noël, Le Bois de Saint-Amand...). A chaque fois, est en effet loin de nous parler d'une princesse qui se languirait de son prince charmant. Comme le traduisent les paroles, mais aussi le rythme de la chanson qui agit comme une ritournelle, l'amour est quelque chose qui se vit pleinement. Et s'éteint. Et se revit à nouveau, avec à chaque fois une intensité magique qui nous fait croire "que c'est pour la première fois". A l'heure des familles recomposées et des chemins de vie un peu tortueux, cette chanson est pleine de réalisme. On imagine qu'elle l'était moins dans les années 1960 et qu'elle démontrait d'une certaine liberté. Un air à conseiller aux coeurs brisés.

Rimes Féminines, Juliette


Juliette, c'est comme si une chanteuse réaliste de l'entre-deux-guerres s'était mise à jouer à Tomb Raider sur PlayStation. Une voix exceptionnelle, prête à nous faire croire dans les plus beaux contes de fées ou nous raconter les histoires les plus sombres, mise au service de textes qui allient un sens rare du récit et un humour ravageur. Sa gouaille colle à son physique de camionneur, mais ne doit pas nous tromper sur la sensibilité de ses interprétations. Juliette Noureddine et sa voix sont capables d'incarner n'importe quel personnage, de la mégère frigide terrorisant son mari (Veuve Noire, Nour, 2013) à la tenancière de bar (Rhum Pomme, No Parano , 2010) en passant par la Bovary happée par ses lectures (A Voix Basse, Bijoux et Babioles, 2008) ou même la princesse orientale dévorée par la jalousie (La Jeune Fille ou le Tigre). Cette armée de bonnes femmes est clairement destinée à bousculer les codes de la féminité. Rimes Féminines, piste d'un album du même titre édité en 2001 avec le parolier Pierre Philippe est quasiment programmatique. Juliette s'imagine quitter son corps et se voit confrontée à un choix difficile : quelle grande figure féminine incarner ? Des féministes de la première heure comme Olympe de Gouge ou Louise Michel ? Des chanteuses à succès comme Billie Holiday ou Mistinguett ? L'orchestre rejoint la chanteuse dans son délire, fait marcher l'armée de grandes femmes tout droit vers nous et on se sent gonflée de fierté de faire partie de cette patrie exceptionnelle... et puis, au final, est-ce que le plus beau n'est pas d'être soi-même ?

1 commentaire:

  1. Quand j'étais petite je croyais qu'on avait écrit la chanson "quand on aura 20 ans en l'an 2001" juste pour moi car c'était VRAIE

    RépondreSupprimer