jeudi 6 mars 2014

Les Lettres de Calamity Jane à sa fille

Parité, lutte contre les stéréotypes, théorie du genre, discrimination positive... toutes ces notions qui occupent l'actualité ces temps-ci paraissent bien éloignées de la rude vie du temps de la Conquête de l'Ouest, dont subsiste une figure de femme pétroleuse s'il en est, Calamity Jane. 

De son vivant, Martha Canary, plus connue sous le nom de Calamity Jane, a été érigée comme une véritable légende du Far West. Depuis la tournée du Wild West Show où elle jouait son propre rôle dans une reconstitution des guerres contre les Indiens aux côtés de Buffalo Bill, elle apparaît comme une gouailleuse portée sur la bouteille, bien à sa place dans un monde d'hommes mal dégrossis. Pièces, films, bandes-dessinées... les portraits de cette femme hors commun ne manquent pas de rapporter son caractère masculin. Jusqu'en 1949 et la première publication aux Etats-Unis des Lettres à sa fille, que Calamity Jane aurait rédigée de 1874 à sa mort en 1903 à son enfant confiée à un capitaine anglais.

Lettres à sa fille, Calamity Jane, 2007
Le recueil est un véritable choc pour celui qui le lit. De la pochetronne as de la gâchette se détache la figure d'une mère certes absente mais tout à fait préoccupée par le destin de sa fille qu'elle a confié entre de bonnes mains à sa naissance. Il faut dire que la vie de Jane n'est pas de tout repos. Elle survit plus qu'elle ne vit, trouvant le réconfort auprès d'un bon feu et dans l'écriture de ce journal qu'elle destine à sa fille. 

C'est cette enfant, Jean McCormick, qui a fait connaître ce récit en 1941 dans une émission de radio. La femme au micro, déjà âgée, se prétend la fille abandonnée de Calamity Jane et de Wild Bill Kicock. Rapidement, le public américain se prend de passion pour ces lettres qui présentent la grande Calamity comme une maman quasiment comme les autres. Certaines anecdotes retranscrites dans les lettres insistent sur l'instinct maternel présumé de Calamity Jane : elle y recueille des orphelins comme elle qui ont à peine de quoi manger, cherche à leur trouver un toit, partage sa maigre pitance.

Le canular ne tarde pas à éclater aux Etats-Unis, les biographes spécialisés des légendes du Far West se gaussant d'une telle interprétation de la vie de Calamity. En plus des incohérences d'ordre temporel, il paraît incongru que Calamity ait su s'exprimer dans un langage châtié, en particulier par écrit. Elle qui était réputée pour son vocabulaire de chartier colle mal avec le personnage de la maman qui partage ses recettes de cuisine avec sa fille. 

Délire d'une petite fille orpheline en quête d'un joli conte de fée dont elle serait l'héroïne, le recueil épistolaire témoigne néanmoins de notre volonté de croire très fort à ce genre d'histoire. En France, les éditions Rivages publient une traduction des lettres qui ne connaît aucune mention de ce canular, seul un léger doute sur la véracité des faits. Est-ce parce qu'au fond nous sommes incapables d'imaginer qu'une femme puisse être une brute alcoolique, sans contrepartie de douceur et d'une pointe de féminité. Une chose est sûre, Les Lettres à sa fille de Calamity Jane font réfléchir sur l'image que nous souhaitons conserver des grande figures de l'Histoire et sur la fascination qu'elles nous inspirent, signe que les modèles ne changent pas tant que ça.

A écouter : "Mais qui était Calamity Jane ?" dans l'émission L'Heure des rêveurs de Zoé Varier du 7 février 2014.
A lire : Lettres à sa fille, Calamity Jane, Rivages, 2007

1 commentaire:

  1. Non les modes ne changent pas tant que ca sur le fond, parfois la forme change :)

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