lundi 17 mars 2014

Malvoyance : des livres jeunesse pour y voir plus clair

La rencontre entre le monde des livres jeunesse, et celui des malvoyants peut paraître impossible. Or, la créativité des auteurs et illustrateurs permet de faire de sublimes rapprochement et d'enrichir mutuellement les perceptions des voyants et des malvoyants.

François David,  Noir/Voir , Motus, 2006
Couronné par les critiques et par les prix littéraire, cet album débute sur un défi lancée par la narratrice à ses deux amies Manon et Jessy : seraient-elles capables de se déplacer dans l'appartement sans lumière, à tâtons ? Le jeu entre les enfants permet de mettre en question ce qu'on entend par le fait de "voir". Ce livre est une création d'une grande finesse, un objet d'art qui nous demande de le toucher, d'aller plus loin que les apparences, de jouer le jeu, comme les petites filles, de n'avancer qu'à l'aveuglette dans cette histoire. Bien que le texte de l'histoire soit repris en braille à l'issu du livre, cet album s'adresse à tous à partir de 6 ans.

Pierre-Alexis Roussel, Pablo Picasso du bout des doigts, Circonflexe, 2013
Connues pour leurs imagiers à toucher mêlant images en relief, texte et braille, les éditions Circonflexe ont développé avec le CNED une collection innovante intitulée "Les Sens de L'Art". Les enfants à partir de 7 ans sont invités à découvrir une oeuvre avec d'autres sens que la vue : impression relief en thermogonflage et un CD audio guident le lecteur malvoyant ou non au coeur de l'oeuvre.

Anne Herbauts, De quelle couleur est le vent ?, Casterman, 2010
Un petit géant parcoure le monde à la recherche de la réponse à la question qui le taraude : de quelle couleur est donc le vent ? Privé de la vue, ce jeune garçon interroge un chien, la pluie, une montagne... afin qu'ils lui donnent leur perception de ce qu'est le vent. Les descriptions prennent vies sous la plume sensible d'Anne Herbauts qui nous transporte, nous les voyants, dans un monde d'une grande poésie. Cet album, à découvrir à partir de 4 ans, introduit délicatement la notion de la perception chez les plus jeunes : qu'est-ce que je ressens que les autres ne ressentent pas, qu'est-ce qui fait ma particularité, comment décrire ces choses qui existent mais qu'on ne voit pas, tel le vent, tels les sentiments ?

Menena Cottin et Rosana Faria, Le livre noir des couleurs, Rue du Monde, 2007

Encore un album qui fait une passerelle entre les voyants et les non ou malvoyants avec beaucoup de justesse. Le jeune lecteur pourra être dérouté par le traitement apporté à cet imagier d'un genre particulier : si on y décrit les couleurs, elles ne sont pas montrées, elle sont simplement évoquées par l'intermédiaire des sensations d'un jeune garçon plongé dans le noir. Le texte, à la fois en écriture alphabétique et en braille, est accompagné d'un gaufrage qui rappelle Noir/Voir évoqué plus haut. A lire, et discuter (chacun pourra donner son impression) à partir de 5 ans.

Irmeli Holstein et Mina Katela, Toucher c'est jouer, Les Doigts Qui Rêvent 
Les Doigts qui Rêvent est une association créée en 1992 pour promouvoir l'édition adaptée de livres pour enfants malvoyants. Création de livres objets, organisation d'un concours international, animations... l'association présente un catalogue riche de bonnes idées qui mènent les enfants depuis la découverte de leurs sensations jusqu'à l'apprentissage du braille. Si les réalisations sont assez coûteuses à l'achat, elles peuvent faire l'objet d'une demande de subvention pour les enseignants, ou donnent de bonnes idées de créations pour les couturières. Ci-dessus, le cahier d'activité Toucher c'est jouer donne un aperçu des textures, des sons, des formes et s'emporte facilement. Un bon premier pas vers le langage.

Hanno, Sur le bout des doigts, Thierry Magnier, 2004
Tom part faire du canyoning avec son père dans la rivière, il a un peu peur mais se laisse happé par les sensations nouvelles de fraîcheur intense qu'il découvre. Les deux hommes partagent un doux moments de complicité quand il est enfin l'heure de rentrer. A la maison, la mère de Tom a du partir pour la maternité, où le jeune garçon va faire une découverte tout aussi étonnante que l'eau fraîche de la rivière : le visage de sa petite soeur. Hanno manie la langue avec habileté pour nous laisser nous imprégner des sensations du jeune aveugle sans jamais mentionner son handicap. Cette révélation à demi-mot ne se fait qu'à l'issu du roman et nous incite à le relire et à comprendre pourquoi nous pensons instinctivement que Tom est voyant, comme nous qui avons la chance de lire ces pages. A conseiller aux bons lecteurs à partir de 8 ans.


1 commentaire: