jeudi 3 juillet 2014

En avoir ou pas

Ils ruinent nos tours de LEGO, nous refilent leurs fringues miteuses et les virus qu'ils chopent à l'école. Ils nous interdisent de toucher leurs jouets et s'approprient les nôtres. Ils s'enferment dans la chambre avec leurs copains et balancent des anecdotes gênantes devant les nôtres. Ils chouinent sans arrêt. Ils ne se font jamais disputer, ils nous dénoncent tout le temps et, de toute façon, ils sont les préférés.

Extrait de Le Petit Nicolas voyage, de René Goscinny et Sempé, Gallimard Jeunesse, 2008

Soyons honnête, c'est quand même la plaie d'avoir des frères et soeurs. En plus des habituelles chamailleries du quotidien, ils nous apprennent très tôt ce que nous passerons notre vie à avaler : même si on crie très fort et tape du pied,  même si on retient sa respiration jusqu'à devenir bleu et que Maman panique, même si on pleure à chaudes larmes avec des yeux de chaton abandonné NOUS NE SOMMES PAS LE CENTRE DU MONDE. C'est insupportable à admettre, c'est profondément injuste mais c'est comme ça. Quand on a le malheur d'avoir des frères et soeur, il faut partager bien plus qu'un coffre à jouets ou une chambre. Il faut partager ses parents.

Les genoux de Papa, les bras de Maman, le créneau du dimanche matin pour aller faire du tennis, les mercredis en tête à tête, l'histoire du soir, les "plus haut Papa lance moi plus haut", et le mot tabou : leur amour. Il faut tout partager.

Ah les parents. Dire qu'on se bat pour leur attention alors qu'ils sont à l'origine de cet affront. Un seul, ça leur suffisait pas ? Il était râté ? C'était comme un brouillon ? Après ils osent sortir le couplet de la fatigue : apparemment on fait trop de bruit à se disputer, ç'en est trop pour leurs vieilles oreilles. Ils assument pas.

Ils se perdent dans des explications vaseuses leur coeur qui ne se divise pas mais grandit à l'arrivée d'un nouvel enfant, qu'ils nous aiment tous pareil. Vraiment ils se moquent de notre intelligence avec leurs boniments, un peu comme avec leurs histoires de Père-Noël ou de petite souris (en vrai c'est les Martiens, c'est mon frère qui me l'a dit).

Est-ce qu'on aurait pas tout intérêt à leur montrer que ce sont eux qui ne sont pas au centre de l'univers ? Quand on a un frère ou une soeur on peut :

- se relayer pour les réveils nocturnes pour faire en sorte que les parents ne dorment pas et paient enfin pour leurs méfaits (excuses à adapter en fonction de l'âge, l'éventail des possibilités étant quasiment infini entre les 40 de fièvre, la peur du noir, le pipi au lit...)

- faire une pyramide humaine pour choper le chocolat de Pâques en haut de l'étagère / les cadeaux de Noël sur l'armoire avant l'heure (super planque, Maman)

- mutualiser et recouper les infos pour découvrir ENFIN la vérité sur les sujets centraux de la vie familiale : "quoi ? Papa t'as dit qu'il était allergique aux petits chats trop mignons et qu'il était vraiment désolé de ne pas pouvoir t'en offrir un pour ton anniv ?? Mais on en avait un avant ta naissance !!"

- crier et taper du pied (cf. supra) en stereo dans un but quelconque allant de l'obtention d'une glace à la diffusion d'un dessin animé. Efficacité décuplée lors d'un trajet en voiture par 38 degrés à l'ombre ou du passage à la caisse d'un supermarché bondé

Les occasions sont inombrables de tirer profit du fait d'AVOIR des frères et soeurs si tant est qu'on garde en tête les règles de base : diviser permet aux parents de mieux règner, il faut toujours profiter d'une éventuelle supériorité numérique et SURTOUT garder en tête que quand on a pas de frère et soeur :

- on doit jouer aux petits chevaux  (Monopoly/Playstation/boxe anglaise...) selon les règles quand les parents daignent nous accorder quinze minutes, alors qu'entre nous, c'est quand même vachement plus drôle en faisant mine de se détester, en se tirant les cheveux en hurlant comme des sauvages

- on a personne sous la main pour s'écharper pour une broutille. Et on a personne pour se rabibocher.

- on a des fringues neuves mais elles grattent un peu et elles sentent pas cette bonne odeur de lessive familiale

- et si par malheur nos parents sont plus là... bah on est vraiment tout seul.

J'espère que ma petite R comprendra tous les avantages d'avoir une petite soeur, quitte à ne plus passer de nuit complète de toute ma vie, et qu'elle se sera jamais toute seule.

J'espère aussi que T sait que, même s'il y a eu bien des cheveux tirés, c'est un faible prix à payer pour en avoir, un chouette petit frère comme lui.

1 commentaire:

  1. Snif Snif :)
    J'ai un grand frère que je chéri plus que tout au monde. c'est le pied un frère (ou une soeur !)

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