mercredi 18 février 2015

Des livres... ou pas !

Le livre traditionnel a-t-il du souci à se faire avec l'essor des usages numériques ? Après tout, nous vivons à une époque où les enfants apprennent à zoomer sur une tablette avant de savoir marcher. Mais avant d'accuser la technologie, il est bon de se pencher sur ces livres en papier... qui jouent déjà sur leur disparition prochaine.

Hervé Tullet, Un Livre, Bayard Jeunesse, 2010

Succès incontesté auprès des enfants à partir de 2 ans, Un livre de Hervé Tullet est-il vraiment... un livre ? L'album propose au petit lecteur d'interagir avec l'objet. A la première page, on clique sur le rond qui se dédouble, et déjà le parallèle avec une application numérique. L'enfant teste son pouvoir sur le contenu du livre, se l'approprie et le désacralise, pour le mieux !

Emily Gravett, Une fois encore !, Kaléidoscope, 2011

La lecture du soir est un rituel autant apprécié que redouté des parents. Combien de fois faudra-t-il subir les "encore !" de l'audience tyranique et relire inlassablement le même livre... C'est ce qui arrive au dragon du livre d'Emily Gravett, dont l'enfant ne cesse de lui réclamer de son histoire préférée, celle d'un petit dragon rouge. Mais à force de lire, le parent fatigue, cherche à écourter l'histoire, somnole et raconte n'importe quoi... au risque de plonger son petit dragon dans une colère monstre. Celui-ci devient rouge écarlate, comme son héros préféré ! Il fulmine tant qu'il en crache des flammes... et détruit la quatrième de couverture du livre que l'enfant tient dans ses mains ! En jouant sur l'effet de mise en abîme et sur la "magie" du trou dans la couverture, Emily Gravett introduit une réflexion sur le livre dans l'esprit de l'enfant à partir de 4 ans. Cette histoire est un peu plus que de la fiction puisqu'elle a une conséquence sur la réalité physique du livre ! Ce livre se relit plusieurs fois avec plaisir et permet aussi de questionner le caractère intouchable du livre avec l'enfant qui comprend bien que c'est une énorme bêtise de détruire un livre... mais découvre que l'éditeur l'a fait sciemment dans ce cas. 

Keri Smith, Saccage ce carnet, Perigee Books, 2012
"Détruire, c'est créer", selon Keri Smith, initiateur du phénomène "Wreck this journal" il y a 2 ans. En effet le destin de ce livre : être détruit de mille et une manières. Fais des trous dans cette page, verse du café ou crache sur celle-là, fabrique un avion avec une autre... Loin de conduire à détester les livre Saccage ce carnet est une façon de libérer la créativité et l'esprit. Quelle bouffée d'oxygène que de s'approprier un bouquin, ne plus subir le diktat de ce qui est imprimé dans le papier ! Et ça marche : visitez le tumblr compilant les plus belles pièces "détruites" par les lecteurs anglophones pour vous convaincre que remettre en question le livre, c'est aussi le faire évoluer en mieux.


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