lundi 2 mars 2015

Oh rage ! Sélection de livres pour enfants en colère

Mais quel est ce sentiment étrange qui les envahit ? C'est plus fort que tout, ça donne envie de crier, de taper, de tout casser et surtout de ne plus parler aux autres. Pas facile de mettre des mots sur la colère, surtout pour les petits ! Pour inciter au dialogue, voici des livres qui traitent de ce sujet en respectant les enfants, sans les cantonner au rôle de sales gosses. 

Maurice Sendak, Max et les maximonstres, L'école des loisirs, 1973


S'il est un livre qui devrait se trouver dans toutes les bibliothèques, c'est bien ce chef d'oeuvre de Maurice Sendak.
Les choses commencent mal pour Max. Revêtu de son costume de loup, il devient une tornade ambulante, il enchaîne les bêtises et les caprices et il écope de la punition suprême : au lit, sans dîner. Fou de colère, il décide de s'enfuir pour l'île des Maximonstres, lui qui n'est pas assez sage pour rester à la maison ! Les Maximonstres, créatures hybrides et immenses tombent sous le charme de leur nouvel ami qui sait faire du barouf comme nul autre sur l'île. Mais même pour le roi des Maximonstres, le mal de la maison se fait ressentir. Il a évacué toute sa colère sur l'île et peut maintenant revenir dans son foyer... et y trouver le bon dîner bien chaud que sa maman a laissé à son attention. 
En plus d'être une preuve de la virtuosité graphique de Sendak, ce livre est un exemple de tendresse et de bienveillance. Si la colère crée la rupture entre l'enfant et sa famille, Max peut l'évacuer par la force de l'imagination et surtout il peut revenir chez lui, où ses parents n'ont pas cessé de l'aimer. Quel plus beau symbole du pouvoir des histoires et des livres peut-on trouver ?

Grégoire Solotareff, Méchant Petit Prince, L'école des loisirs, 2013

Il était une fois un prince tellement insupportable que ses propres parents l'ont surnommé "Méchant Petit Prince". Il mord, pince, refuse de dîner... le roi et la reine n'en peuvent plus et le lui disent sans ambage. Blessé, le prince décide de quitter sa famille, le cœur lourd de colère. Lors de sa fugue, il rencontre Méchante Petite Princesse, elle aussi un sacré numéro dans le domaine de la provocation et des bêtises. De cette rencontre va naître un sentiment nouveau pour le Méchant Petit Prince, d'ordinaire rouge de colère : il va apprendre à rire, et à voir la vie en rose ! 
Point de réconciliation pour le héros de Solotareff, mais un nouveau départ. Comme à son habitude, l'auteur-illustrateur bouscule les idées-reçues sur les personnages catégorisés comme "méchants" (on ne présente plus Loulou...). Quelle blessure pour l'enfant de se voir mis à l'écart par ses propres parents ! Les couleurs vives évoquent littéralement les sentiments ressentis par le prince, ce qui est impossible pour le jeune lecteur en proie à des crises de colère. Le livre fait sortir ce sentiment parfois ravageur du tabou et permet de mettre des mots sur ce qui fait mal dans l'attitude de l'enfant... et dans les réponses parfois violentes de ses parents.

Stéphane Servant et Ilya Green, Le masque, Didier Jeunesse, 2011
A la sortie de l'école, Petit Frère trouve un masque blanc qui lui permet de se déguiser en ce qu'il veut. Grâce à ce drôle d'objet, il attire l'admiration de ses camarades : il fait rire en ouistiti, impressionne en ours mais il s'emballe, il va trop loin, il devient terrifiant en loup et essuie les reproches de tous, même de ses parents. Vexé, malheureux, il s'enferme dans son masque de colère et s'enfuie seul dans la ville. Il faut que ce soit sa sœur, celle qui le connaît si bien derrière son masque, qui le recueille et le console pour lui permettre de redevenir Petit Frère.
Cet album est d'une richesse incroyable tant par le traitement de la thématique de la colère que par son illustration, livrée par la délicate Ilya Green. La métaphore animale est brillamment utilisée pour évoquer l'exclusion qui va de pair avec la colère. Plus sa fureur monte en lui, moins Petit Frère ne se conforme aux codes de la vie en société, et plus son masque de loup devient terrifiant. La réconciliation avec le monde se fait par l'intermédiaire de sa sœur, et non pas des parents qui n'ont pas hésité à le rejeter. Dans sa construction en tant qu'être social, l'enfant se sépare de ses parents et doit trouver la voie par laquelle il peut exister par lui-même en gérant ses sentiments parfois dévastateurs. Un livre superbe à mettre entre toutes les petites mains à l'âge des grandes questions, à partir de 5 ans.

Pour aller plus loin : 
Une autre sélection de livres sur des héros au caractère bien trempé.
Une autre sur des petites filles pas du tout modèles.
Des livres qui font l'éloge des cancres.
Le blog d'Ilya Green.
Des réflexions sur le Terrible Two.

2 commentaires:

  1. Le masque m'inspire bien, je vais essayer de le trouver !

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    1. c'est un très beau titre,
      Grégoire Solotareff a aussi écrit un album qui s'appelle Le masque qui est très intéressant. Un frère et une soeur se déguisent en loups, jouent à faire peur etc. Il y a même un masque dans le livre destiné à l'enfant et qui incite à "faire semblant" à dompter leur peur et leur colère.

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