vendredi 8 mai 2015

J'ai deux amours : la chanson et Paris

Dimanche 11 janvier 2015, place de la République, à Paris. On est plein, on ne sait pas bien ce qu'on fait là mais on a tous le sentiment qu'il le faut. On peut pas vraiment bouger, on s'ennuie un peu, on blague avec nos voisins de trottoir avec des rires nerveux. Quelques fois un groupe entonne une timide Marseillaise dont le "aux armes" grossit dans la foule, puis s'éteint. On ne connait pas de chansons. On se tait. 

Les enfants nous regardent d'un air sceptique. Ils ont cru comprendre qu'ils étaient en train de vivre un moment historique mais c'est comme si nous passions à côté. Nulle ferveur populaire, nulle communion républicaine, juste du deuil et du silence. J'essaie de leur expliquer : "quand c'est le gouvernement qui organise une manif, y a aucune ambiance", je tente, avec un sourire complice. C'est vrai que Manuel Valls pour pousser la chanter la liberté, c'est pas l'idéal. Pourtant même Mireille, sait le faire. 


En rentrant je repense à un tweet que j'ai écrit quelques jours avant :
Ce silence sur la Place de la Rep tranche violemment avec les souvenirs que j'ai de cet endroit. J'y ai vociféré pour des causes étudiantes déjà oubliées, j'ai dansé et surtout j'ai chanté. Quelle triste France, tétanisée par la violence brute du terrorisme, incapable de se retrouver dans la chaleur d'une bonne chanson. Parce que ça, on sait faire, en France. On sait écrire des textes poétiques, vindicatifs, fins, satiriques. On sait les beugler sur une scène ou les sussurer à l'oreille de nos petits.

Parmi les signes qui sont censés alerter les proches de la radicalisation djihadiste de leur enfant, le ministère de l'Intérieur recense : "ils arrêtent d'écouter de la musique car elle les détourne de leur mission". Alors chantons un peu. Chantons Paris, qui représente si bien la France dans les chansons : on l'aime, on la déteste, on s'en moque, mais on en parle tout le temps, et on y revient toujours.

Paris résume bien le patriotisme ambigüe des Français. Nous sommes à la fois fiers et râleurs, on aime passionnément et on critique avec virulence. La chanson française n'échappe pas à la règle nationale : elle conspue la capitale, saturée de pollution et d'habitants pressés... mais elle nous rappelle l'infinité de rencontres que Paris rend possible. 4 chanteuses exceptionnelles pour cette ville hors du commun : 

Camille / Paris / Le sac des filles / EMI / 2002
Belle du Berry avec Paris Combo / Lettre à P / Attraction / Polydor / 2001
Catherine Ringer avec Les Rita Mitsouko / Ma vieille ville / Variety / Six/ 2000
Anne Sylvestre / T'en souviens-tu la Seine ? / 1964







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