jeudi 5 novembre 2015

Amaluna, spectacle total du Cirque du Soleil

"Vous avez compris l'histoire, vous ?"
Ma voisine de gauche profite de l'entracte pour me faire part de ses doutes sur l'histoire qui lui est racontée depuis près d'une heure. Miranda, jeune fille habitant sur une île, passe à l'âge adulte, et découvre l'amour en la personne d'un beau matelot fraîchement échoué. Nous échangeons un sourire amusé avec l’amie qui m’accompagne : "Oh, vous savez Madame, l'histoire c'est plus un prétexte, hein". 
Elle a l'air de se contenter de cette réponse et reprend une poignée de pop-corn d’un air dubitatif. 


Au Cirque du Soleil, c'est la chandelle qui est plus importante que le jeu, les moyens qui justifient la fin, le spectacle qui dépasse largement le prétexte. Et quel spectacle. Amaluna, en tournée dans le monde entier depuis sa création en 2012, reprend les codes qui font des spectacles du Cirque du Soleil une expérience inoubliable. Un univers fantasmagorique peuplé de créatures polymorphes, de guerriers féroces et de naïades magiciennes, électrifié par une musique digne d'un concert de rock et, bien sûr, des numéros qui allient une technique irréprochable et une interprétation hors du commun.


C'est ce mélange qu'il m’est difficile de restituer par les mots : même si l'histoire est assez ténue, on est instantanément happé par la représentation. La scénographie s'articule autour d'une scène circulaire qui rappelle celle du cirque traditionnel, mais exploite tout l'espace du chapiteau et les possibilités de la technologie. Le spectacle s'immisce dans le moindre recoin de nos sens. La musique cogne dans notre ventre et les bruitages susurrent à nos oreilles. Les plateaux, les éclairages et les poulies recréent l’île de Miranda à deux pas du périphérique. Les artistes surgissent par des trappes sous le plateau, apparaissent comme par magie au faîte du chapiteau, déboulent au milieu du public.


Parlons-en de ces artistes du Cirque du Soleil. Ils sont à la fois une équipe d’athlètes de haut niveau, une armée de combattants menaçants, et des interprètes d’une grande sensibilité. Lors de la deuxième partie, après l’époustouflant numéro d’équilibre de Miranda au bord du bassin, mon amie me souffle : « Tu crois qu’ils subissent la même gravité que nous, ces gens-là ? ». 


Je lui souris, mais en relevant les yeux vers la scène je ne peux que constater qu’elle a raison, au fond. Un jeune homme se tient la tête en bas, sans filet, retenu par la seule force de ses cuisses à une barre. Il relâche la pression et… suspend sa chute à 10 centimètres du sol. Le public crie son étonnement, sa joie et sa peur. Je tape très fort mes mains l’une contre l’autre pour évacuer la douce frayeur d’avoir vu un être humain maîtriser une situation si périlleuse. 


Après deux heures de spectacle, je jette un œil curieux sur ma voisine sceptique. Elle a fini son cornet de friandises et parle de façon animée à son conjoint, en lui donnant des coups de coude dans les côtes : « Mais tu te rends compte, comment font-ils pour ne pas flancher ? Et tu as vu quand elle ne se retient que par la force de sa nuque à 10 mètres du sol !... ». 


Moi, je foule la pelouse de la Plaine de Bagatelle, un peu étonnée de trouver de l’herbe mouillée alors qu’il y a à peine quelques minutes je me trouvais sur une île perdue au milieu de l’imaginaire du Cirque du Soleil. Je jette un dernier regard sur les lettres argentées sur fond de nuit. Une promesse tambourine fort dans ma poitrine : je reviendrai !

Pour aller plus loin : 

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