lundi 14 décembre 2015

Drôles de familles !

La période de Noël correspond pour beaucoup à une overdose familiale. Familles traditionnelles obsédées par la messe de minuit, familles recomposées éreintées par les questions de calendriers, familles modernes qui ne rêvent que de s'échapper au soleil loin du sapin habituel... Quelques romans pour rire des carcans familiaux en cette période de communion obligatoire et un album pour réfléchir à l'amour parental. 

Ingrid Chabbert et Carine Hinder, Un toit pour treize, tome 1 : Le jour où ma mère a flashé sur le plombier, Frimousse, 2015.

Ingrid Chabbert et Carine Hinder, Un toit pour treize, tome 2 : Le jour où un tétard a failli mettre le bazar, Frimousse, 2015.
Romu se sent bien dans sa famille. Il vit avec sa mère, ses quatre frères et sœurs dans un paisible statu quo. Tout va pour le mieux jusqu'au jour où sa chère maman décide de s'enticher du plombier... Si à la rigueur le brave truc était seul ! Dans les faits, il vit avec ses 6 enfants qui vont bientôt rejoindre la tribu et la porter au terrible effectif de 13. Pour Romu, ç'en est trop. Il n'a qu'une idée en tête : faire péricliter cette union qui vient déstabiliser son quotidien et trouvera une alliée imprévue en la personne de Joséphine, une des filles du clan adverse, celui des enfants de l'amoureux de sa mère.
La prolifique auteur Ingrid Chabbert et son acolyte Carine Hinder entame une série délicieuse sur le thème de la famille recomposée. On se prend d'amitié pour ces deux "résistants" qui sont loin de se mêler à l'hystérie générale de la tribu. Leur minois boudeur est parfaitement rendu par les illustrations de Carine Hinder qui donnent accès au texte aux jeunes lecteurs. Non, ils ne sont pas heureux de voir leur quotidien bouleversé, et ils comptent mettent tout leur pouvoir (assez limité) de jeunes enfants pour voir ce projet échouer. 
Les deux premiers romans sont drôles et bienveillants, on espère que cette série un peu délirante sur les familles recomposées comptera plein de nouveaux petits ! A partir de 8 ans. 
Philippe vient de devenir l'heureux papa d'une petite Juliette. Heureux, vraiment ? Philippe a, en effet, beaucoup de difficultés pour s'occuper de sa fille. C'est comme s'il était incapable de surmonter sa maladresse naturelle. Dès qu''il tente de prendre soin d'elle ou d'aider sa compagne, il commet une bourde. Il finit par se faire une raison et s'éloigne du bébé de crainte de faire une nouvelle bêtise... Jusqu'à ce que sa petite tombe gravement malade et qu'il doive se mettre en quête d'un traitement peu commun pour la soigner : une boîte à bisous. 
Ce récit de Pascal Bruckner qu'on devine autobiographique touchera en plein cœur les parents, et pas seulement les papas, qui se sont sentis désemparés devant leur nourrisson, écrasés sous le poids des responsabilités et bien maladroits compte-tenu des tâches à accomplir. Les illustrations de Maïana Itoïz insistent sur le caractère aigre-doux de l'histoire : elles reflètent à la fois le burlesque de certaines situations dans lesquelles se colle ce papa fort pataud (se rendre au travail en caleçon, oublier bébé dans un magasin...) et la gravité qui baigne le récit. L'attachement de son père pour sa fille devient une question vitale. On a parfois du mal à trouver ses marques entre ces deux aspects cet album. À peine sourit-on de la maladresse du père, qu'on a le cœur brisé par la distance qui se creuse entre lui et son enfant. 
Malgré tout, ce livre est une très belle tentative de briser un tabou absolu : la difficulté qu'un parent peu ressentir à la naissance de son enfant. Il émane beaucoup de tendresse et de bienveillance de cet album qui nous rappelle qu'on devient papa ou maman, on ne l'est pas instinctivement. 
Un bel album à réserver aux enfants en âge de comprendre l'ambivalence des sentiments d'un parent pour son enfant, à partir de 5 ans.

Glawdys Constant, Même les profs ont une famille !, Oskar éditeur, 2015.
Pas facile d’être un cancre quand on est fils de deux profs ! C’est pourtant le destin de ´´´ qui n’a pas fini d’entendre de parler de l’Education Nationale puisque sa grande-sœur Audrey est à la veille de sa première rentrée en tant que professeur de Français au lycée. Chaque week-end, c’est la même chose : il doit, en plus de ses devoirs, se coltiner les remarques de sa sœur qui ne jure que par les grands classiques de la littérature, subir les revendications de son syndicaliste de père toujours plus remonté contre le je-m’en-foutisme des élèves combiné aux insultes répétées du gouvernement ou encore la neurasthénie de sa mère qui compte les jours qui séparent de la retraite. 
L'ambiance pourrait paraître morose, mais cette immersion dans la famille Bonneau 100% Education Nationale est à se tordre de rire ! L'humour de Gwladys Constant sera sûrement plus accessibles aux bons lecteurs à partir de 15 ans en raison de petites références à la littérature ou la politique, et surtout à ceux, jeunes ou adultes, qui ont un lien personnel avec l'Education Nationale ou des parents professeurs. Les autres pourront découvrir les coulisses de l'enseignement, se gausser de la mauvaise foi des profs, leurs habitudes parfois exaspérantes... mais aussi leur engagement parfois difficile à tenir envers leurs élèves. 
Un roman bien construit, au rythme des week-end pendant lesquels la famille fait le bilan de sa semaine. On voit les membres attachants de la famille évoluer, grandir, mûrir, et ce quel que soit leur âge. Une lecture plaisante qui donne le sourire pendant un bon moment. 

Pour aller plus loin : 

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