samedi 28 mai 2016

Quelques mamans

A l'occasion de la fête des mères, les images d'Epinal foisonnent partout dans notre univers visuel saturé de publicité : des mamans jeunes, jolies, patientes, bienveillantes... épuisantes. S'il fallait seulement un jour pour célébrer la maternité (d'ailleurs est-ce bien nécessaire ?), autant le faire dans ce qu'elle a de plus divers et compliqué. 
Voici une sélection de livres pour enfants qui ont pour objectif de présenter différentes mamans, bien éloignées des portraits habituels sur papier glacé.


Tout commence quand Méduse met au monde sa petite fille Irisée. Dès le travail fini, la maman met les sage-femmes dehors pour sa fille dans un cocon de tendresse et de magie. Mais Irisée, en grandissant, ne se contente plus de sa vie en tête à tête avec sa maman, aussi aimante soit-elle. Par la fenêtre de la maison, elle regarde les enfants jouer et rêve de les rejoindre, loin du regard protecteur de la Méduse. 
Kitty Crowther fait un détour par le fantastique pour nous en rapporter une histoire criante de vérité sur la maternité. On pourrait retrouver une digression sur le conte traditionnel Raiponce dans lequel la jeune fille aux cheveux magiques est retenue par sa mère pour sa soit-disant protection. Ici, ce sont les cheveux de Méduse qui sont magiques, et on se prend à croire qu'Irisée aura une vie pleine de surprises protégée par la puissance de sa mère.
Mais comme toutes les mamans, Méduse doit permettre à son enfant d'exister en dehors de son giron et, surtout, s'autoriser à exister elle-même en dehors de sa mission de mère. 
Dans cet album magnifique, tant par la subtilité de son histoire que celle de ses illustrations, Kitty Crowther donne une vision puissante, parfois abusive, mais bienveillante de la maternité. Non seulement Méduse accepte de "libérer" Irisée en lui permettant d'aller à l'école, mais elle accepte de s'ouvrir à son tour à la société en coupant ses cheveux. 

"La pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre", dit l'adage. Il ne pourrait être plus faux pour Grace. Ses parents étaient des êtres brillants et des survivants. Ils avaient connus les pires atrocités humaines en Pologne et avaient élevé leur fille dans le goût de l'effort et de la liberté. Celle-ci s'était pourtant laissée enfermer à son tour dans une prison en apparence moins terrible que les geôles nazies : celle de la violence quotidienne et répétée de son mari qui n'a pas tardé à devenir celle de l'hôpital psychiatrique et des psychotropes. 
Triste vie que celle de Grace qui, dans sa déchéance, mis au monde deux fruits, ses filles Jewel et Esther. Ces dernières auraient pu rester aux pieds de l'arbre de leurs parents, entre le racisme violent de leur père et la dépression impuissante de leur mère. Mais comme l'Homme est libre de tous les adages, les filles de Grace se hisseront en dehors de cet univers malfaisant et réaliseront tout ce que leur mère n'a fait que rêver en échappant à leur père. 
Jean-François Chabas, auteur du solaire Les rêves rouges (Gallimard, 2015), nous confronte une nouvelle fois aux noirceurs de l'âme humaine. Le roman alterne le point de vue de la mère et de sa fille aînée. Page après page, on espère que la première aura le sursaut qui la sortira de la spirale infernale des médicaments et des séjours en clinique, mais le seul espoir qui existe pour elle réside en ses enfants qui seules sauront se libérer. Le portrait de cette mère est encore plus dur que celui du père, qu'on ne fait que croiser, mais dont la menace est omniprésente. Cette mère est une femme qui a simplement abandonné son sort et celui de ses enfants, qui n'a jamais fait le choix d'être libre. 
Ce court roman a beau être très sombre, il se conclut sur cette unique injonction : il faut se libérer des phrases toutes faites qui nous enferment dans une lignée ou même dans un caractère. 
Une lecture difficile à réserver aux adolescents à partir de 13 ans.

Débordée, pot de colle, vipère... une mère aime généralement ses enfants, mais il n'est pas toujours facile pour eux de comprendre comment se manifeste cet amour maternel. Susie Morgenstern tâche de donner un petit manuel de compréhension des mamans à l'usage des adolescents en évoquant les nombreuses incompréhensions qui peuvent survenir lorsque l'enfant grandit.
Le livre est égayé par les illustrations assez bien vues de Jacques Azam mais peine à tenir un discours vraiment intéressant. Certes, il est toujours rigolo de voir comment les mères peuvent être sur-protectrices, ou de mauvaise foi... Mais tout ceci n'est-il pas un portrait d'une mère qui n'existe que dans l'imaginaire populaire ? Sous couvert de vouloir apaiser les relations entre parents et enfants en les incitant à mieux se connaître, Susie Morgenstern construit une vision plutôt stéréotypée, bien que tendre, des mères.
Les témoignages et les illustrations constituent le véritable intérêt de ce documentaire un peu trop généralisateur.

Pour aller plus loin : 
- Le marketing s'empare brutalement de l'image de la maternité et d'une soit-disant privilégiée "relation mère-fille"  pour en faire des normes à atteindre. Penchons-nous sur les origines de ce rôle attribué aux mères dans l'éducation des filles avec ce numéro d'exception de la Fabrique de l'Histoire de France Culture
- Une mère, une fille, une séparation. Pedro Almodovar, maître de la psychologie des personnages, s'attèlera à un nouveau portrait de mère sans complaisance, mais avec de la tendresse à toutes les scènes. Une belle réflexion sur les mères abusives sans le savoir à voir actuellement en salle. 
- Comment exister quand celle qui nous a mis au
monde disparaît ? Que faire de toutes les disputes, les déceptions, les espoirs qui sont nés de cette relation ? Nanni Moretti parle d'une mère et d'une fille, mais aussi du lot réservé à tous les enfants à la mort de leur parent. Mia madre, disponible en DVD (Le Pacte). 

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