mercredi 6 juillet 2016

Correspondances

Les congés d'été sont l'occasion de renouer avec cette pratique qui peut paraître d'un autre siècle, celle d'entretenir une correspondance. Qui, aujourd'hui, prend le temps de rédiger des lettres pour un correspondant ou un membre de sa famille ? Voici quelques exemples de correspondances qui révèlent la force particulière que contiennent les lettres et qui donnent envie de se (re)mettre à écrire.


Pour tromper l'ennui, Mandy, jeune lycéenne d'une petite ville d'Australie, décide de répondre à une annonce publiée dans un magazine. Tracey est une ado australienne, comme elle, cherche à correspondre avec quelqu'un de son âge. Les lettres débutent comme une conversation banales entre deux adolescentes. On y parle beaucoup de cours, de garçons, de sport, mais quand Mandy évoque son frère obsédé par la violence et les armes, elle sent son interlocutrice se raidir. Celle qui décrit une petite vie parfaite serait-elle choquée par la dure réalité ? Que savent exactement les deux filles l'une de l'autre hormis ce qu'elles ont bien voulu écrire ?
L'échange épistolaire est une vraie plongée dans le monde de l'adolescence. On pourrait penser que les références sont un peu datées, mais, si on met de côté l'absence relative de technologie moderne dans le quotidien des protagonistes, les préoccupations sont tout à fait actuelles, et, surtout, le mystère nous pique à vif. En effet, plus on croit en apprendre sur les personnages, plus le doute s'installe, en particulier sur la personnalité de Tracey, bien éloignée de ce qu'elle décrit dans ses courriers. La jeune fille, loin d'habiter dans une famille aimante, est retenue dans un centre de détention pour mineures. Cette révélation de taille nous transporte dans un tout autre univers à la moitié du livre. Ou, pour être exacte, un autre univers vient se superposer aux petites prises de tête adolescente : celui du monde carcéral et de la violence.
Ce livre culte, récemment réédité par l'école des loisirs, est une belle exploitation de l'ambivalence de l'adolescence, période de tous les extrêmes, des premiers amours ou des conversations futiles pour les uns, mais aussi des dérapages incontrôlés pour d'autres.
Une lecture prenante et indémodable.


Il fut un temps où George Sand signait ses lettres de son doux prénom de baptême, Aurore. Une époque où Marcel Proust faisait des fautes d’orthographe et où Gustave Flaubert baillait d’ennui au fond de sa classe au lycée. 
Ce temps, celui de l’enfance et de l’adolescence, nous est livré comme capturé dans les lettres envoyées par ceux qui deviendront les grands noms de l’écriture. Certains ne savaient pas encore quelle serait leur destinée, comme Marcel Aymé qui ne s’intéresse qu’à commander une boîte à compas pour Noël quand il s’adresse à sa sœur. D’autres le devinent déjà un peu : Freud conseille à son meilleur ami de conserver ses lettres, des fois qu’il deviendrait célèbre. Charles Baudelaire et Paul Verlaine envoient tous deux leurs premiers vers à leur idole Victor Hugo pour se conforter dans la carrière de poètes qu’ils s’apprêtent à embrasser. 
Pour la plupart, ils racontent, entre les lignes, le quotidien d’une jeunesse qui ne change pas tant que ça avec les années et les siècles : quand on est jeune, on s’ennuie en classe, on a soif de liberté, on espère que l’avenir nous révélera au monde. 
Ce recueil de correspondances offre un très beau moment de lecture. Comme il est touchant d’imaginer les écoliers appliqués qui ont rédigé de leur plume ces petits mots destinés à leurs parents ou à leurs camarades ! Bien sûr, le grand écrivain sommeille déjà dans la plupart des textes qui ont été compilés par Marie-Ange Spire. Ils sont drôles, poétiques, impétueux… c’est un vrai plaisir que de lire ces écrivains en devenir. 
Le « carnet de lecture » qui suit les lettres, sans être assommant, est moins enthousiasmant, sûrement parce qu’il rappelle la portée « scolaire » de ce recueil. La quatrième de couverture explique en effet que la correspondance des grands auteurs permet de mieux comprendre leur œuvre. Pas sûr que ce soit la principale force de ce livre. Certaines des lettres sont de véritables bijoux d’écriture en elles-mêmes, sans qu’on ait besoin d’y chercher la trace d’une référence historique ou littéraire qui viendrait éclairer l’œuvre d’un grand écrivain (par ailleurs encore inconnue du jeune lecteur). 
Ce recueil a cette qualité rare qu’il donne envie de lire, et aussi envie d’écrire, ce qui est déjà un très beau cadeau à faire aux jeunes gens qui le découvriront.


Adrien et Hadrien sont deux jeunes hommes de 13 ans que bien des aspects séparent. L'un est premier de sa classe, en bonne place pour les prix d'excellence, mais l'autre est plus intéressé par les dessins qu'il esquisse à l'endroit où il devrait répondre aux questions de ses interrogations écrites. L'un est secrètement amoureux de sa meilleure amie et n'ose pas se révéler tandis que l'autre file un parfait amour avec celle avec qui il voudrait passer sa vie. L'un jouit d'un certain luxe, alors que l'autre semble ne pas avoir accès au confort le plus basique. En dépit de ces différences, les deux garçons entament une correspondance. Hadrien cherche un exutoire à sa vie de labeur. Très sollicité par les travaux de la maison et de la ferme familiale, il peine à dégager du temps pour préparer le certificat d'études qui lui ouvrira les portes du lycée et, qui sait ? De sa future carrière d'ingénieur. Pour Adrien, l'école ne sert à rien d'autre qu'à lui rappeler que Marion ne veut pas de lui, qu'il se trouve nul et que même son père, parti à l'autre bout du monde, ne semble pas s'intéresser à lui. Leurs différences ne vont pas se dresser entre eux mais, au contraire, faire de leurs échanges le terreau pour une véritable amitié.
Néanmoins, au fil des lettres, certains décalages apparaissent entre les amis homonymes. Adrien demande sans cesse le numéro de téléphone d'Hadrien sans obtenir de réponse. Hadrien tente de rendre visite à son correspondant mais découvre avec surprise que la rue Jean Jaurès à laquelle il lui écrit depuis plusieurs semaines n'existe pas... ou peut-être, pas encore ! L'impossible s'impose aux jeunes gens : ils communiquent bien à travers les âges ! L'un vit en 2014, ère de la technologie, de l'école gratuite et obligatoire et de l'accès aux soins, l'autre en 1914, époque où un fils de paysan doit travailler dur pour avoir le choix de son avenir. Et à l'aube de la Grande Guerre, Hadrien va devoir redoubler d'efforts s'il espère avoir une moindre chance de connaître son futur.
Ce roman allie la science-fiction avec les références historiques d'une façon si efficace qu'on pourrait penser que ce récit aurait pu se produire. Contrairement à ce qu'annonce le sous-titre, il est peu question de la Première Guerre Mondiale dans le roman. Elle est présente comme une grande menace, mais l'intérêt réside plus dans les différences de mode de vie entre les deux personnages et surtout sur la description très réussie des rapports humains. L'influence réciproque des (H)Adrien leur fait se rendre compte qu'il est important de s'entraider, de travailler et de respecter son entourage pour se sentir heureux et changer le cours des choses.
Récompensé par de nombreux prix dont récemment celui des Incorruptibles, ce livre de 350 pages se lit à toute vitesse avec une grande délectation.

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