mercredi 17 août 2016

Dans les coulisses de la magie Grüss

Quand, à la suite de mon article sur le spectacle d'hiver du cirque Alexis Grüss, on m'a invité à découvrir le Parc abritant la famille et son écurie pendant les mois d'été, je n'ai pas de suite été emballée par l'idée. Bien qu'amatrice incontestée de cirque, je ressentais une sorte d'appréhension à l'idée de découvrir les coulisses du spectacle, croyant à tort que le maquillage, les tenues et les éclairages pouvaient masquer quelque chose qui me gâcherait le moment privilégié passé sous la toile tendue du chapiteau. 

Après quelques hésitations, j'ai succombé à la curiosité, et j'ai profité de l'occasion incroyable de faire découvrir aux enfants l'art si particulier du dressage pratiqué par cette famille, ainsi que le monde du cirque qui fait partie de leur patrimoine génétique. Avec un peu d'appréhension, toutefois, nous avons abordé la grande bâtisse dressée sur la route entre Orange et Piolenc, en nous questionnant sur ce qu'allait nous réserver cette journée entière au sein du cirque Grüss. N'allait-on pas tomber dans une sorte de "Disneyland" superficiel ? Est-ce que près de 7h sur place ce n'était pas un peu long ? Et si c'est bondé de monde ? 


Dès les premiers pas dans la propriété, nos craintes ont été calmées. Nous nous trouvons dans le parc d'une immense propriété magnifiquement entretenu, boisé et ombragé. On se croirait plus sur les terres d'un petit château que dans un parc d'attraction, et c'est fort agréable. Ca et là, certains indices nous rappellent qui nous sommes venus voir. Le chapiteau de la famille Grüss trône au milieu du jardin et on devine les écuries adjacentes. Les installations sont simples, mais on sent que l'organisation est bien rodée : chaque visiteur se voit remettre le programme de la journée qui débute par la discipline reine du maître des lieux, le dressage des chevaux en vue des numéros. 


L'ambiance du chapiteau paraît lointaine. Les visiteurs prennent place sur des bancs de bois dans le mistral, les enfants courent et s'extasient... mais la magie commence à opérer discrètement. La beauté du lieu et la majestuosité des chevaux nous ont pris de court, à peine une heure après notre arrivée sur les lieux nous étions sous le charme. 

Différents rendez-vous ponctuent la journée qui se passe en grande partie en plein air. Les visiteurs peuvent assister à un spectacle de clown, admirer l'entraînement des cavaliers ou des dresseurs et s'essayer à des disciplines comme le trapèze, le fil de fer ou le jonglage. Le site est tellement vaste qu'on est surpris de se retrouver si nombreux devant l'enclos de l'éléphante Syndha lorsque vient l'heure de son show.

Photo DR NEF
Cet éléphante d'Asie de 42 ans participe depuis plusieurs années aux spectacles de la famille Grüss. Celui qui est son maître depuis une quinzaine d'années, Firmin Grüss, explique à l'assistance comment il travaille avec ce drôle de partenaire de plusieurs tonnes. Entre les lignes, c'est toute la philosophie de ce cirque familial dont le nom initial est "Cirque à l'ancienne" qui nous est exposé. Un cirque fondé sur cette pratique difficile et controversée qu'est le dressage des animaux. Alors que le pachyderme s'ébroue à quelques mètre des enfants, son dresseur s'applique à nous expliquer que tous les numéros qu'il effectue avec Syndha ne peuvent être réalisés qu'en confiance, au pris d'heures de travail et d'années de complicité entre la bête et son cornac. Alors que le mistral renvoie quelques rafales l'éléphant apeuré sert le fils cadet d'Alexis Grüss avec sa trompe comme pour démontrer l'attachement indéniable qui l'unit à la famille de circassiens. Pour le meilleur, et pour le pire, comme dans toutes les familles.


Le moment de la pause déjeuner est une véritable détente animée par des numéros aériens ponctuels. On constate avec étonnement que les artistes de la famille font le service ou préparent les crêpes. L'ambiance est bon enfant mais tout est très bien organisé. Nous profitons de ce temps libre pour visiter les écuries et assister à une étonnante séance de coiffure des deux frisons dont la crinière est patiemment tressée par les palefreniers.

Photo K.El Dib
A 14h30, nous revenons dans le monde du cirque que nous connaissons en prenant place sous le chapiteau pour un spectacle d'1h30. Contrairement à ce que j'avais craint, le spectacle n'a en rien été gâché par ce que nous avons pu voir des coulisses. Au contraire, nous avons l'impression d'être entrés dans l'intimité de cette famille entièrement dévouée à ce cirque. Même si les numéros sont effectués avec une apparente facilité, on mesure pleinement le travail accompli par les artistes présents sur la piste, qu'ils aient deux ou quatre pattes. 

Quand ils reviennent tous sur scène pour nous saluer, il est difficile de retenir un petit pincement au coeur : il est bientôt l'heure de quitter ce lieu inclassable où on se sent à la fois le bienvenu et émerveillé. Un lieu dédié à une magie accessible et familière qui subsiste encore dans le monde si particulier du cirque. 

Pour aller plus loin : 

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