lundi 12 décembre 2016

L'humour en héritage

Que souhaitons-nous transmettre aux jeunes générations dans ce monde où tout semble perdu d'avance ? Un peu de légèreté, d'esprit critique et un farouche instinct irrévérencieux, ça serait pas mal non ? C'est précisément ce que nous trouverons en retournant dans les pas des humoristes qui ont fait la fin du XXème siècle et qui nous donne

Raymond Devos : pour l'amour du français


Raymond Devos est une figure méconnue des enfants du siècle actuel, son humour est pourtant très accessible dès qu'on commence à savoir lire et à comprendre le double sens des mots. Bernard Friot a sélectionné les sketches de Devos qui mettent le plus en évidence son amour de la langue française et des expressions qui peuvent être triturées dans tous les sens. 
Ce livre destiné aux enfants à partir de la primaire se présente comme une sorte de cahier d'activité qui met le lecteur à contribution avec des petits jeux d'écriture ou d'écoute (les sketches sont accessibles par l'intermédiaire d'un QR Code). Le personnage de Devos croqué par Jacques Azam apparaît comme un petit clown qui accompagne les enfants dans leur apprentissage du français, cette langue bien trop riche pour ne faire l'objet que de dictées ! 
Le petit livre ouvre une porte sur l'humour de Devos sans tomber dans l'hommage vibrant et laisse simplement la place à l'enfant de s'approprier les jeux de mots qui ont fait la singularité de ses spectacles. 

Cet autre ouvrage réalisé avec le soutien de la Fondation Raymond Devos s'adresse aux lecteurs plus âgés, en âge d'être au collège, et montre à quel point la figure de l'humoriste est profondément tournée vers l'avenir. Les illustrations du dessinateur de presse Colcanopa témoignent de l'actualité troublante des contre-pieds orthographiques du grand clown bleu avec son papillon rouge. Le recueil se conclut d'ailleurs par un clin d'oeil aux artistes qui font vivre l'humour "à la Devos" de nos jours. Ces derniers sont soutenus par la Fondation Raymond Devos qui vient d'ouvrir un musée dédié à l'humoriste et à la tradition du music-hall dans son ancienne demeure en Ile-de-France

Un artiste généreux qui permet rend l'humour accessible à tous dès le plus jeune âge à redécouvrir au plus vite. 

Coluche : le Français engagé


La disparition de ce clown au grand coeur il y a trente ans a marqué une génération de Français qui retrouveront avec nostalgie la gouaille populo de Coluche dans les allées de l'exposition actuellement présentée à la mairie de Paris. 
On retrouve les blagues qui sont devenues proverbiales pour beaucoup, des archives à vous faire vous tordre de rire, la collection d'instruments bizarroïdes de celui dont l'image reste celle d'un clown au grand coeur, engagé pour les plus démunis et riant de la politique pour la faire évoluer. 
Les plus jeunes découvriront un humour souvent potache, parfois de mauvais goût, mais surtout libéré des injonctions du politiquement correct. L'exposition dont l'entrée est gratuite fermera ses portes un jour qui fête un bien triste anniversaire, pourquoi ne pas en profiter pour rendre hommage à l'insolence et la grossièreté qui font une bonne partie de l'humour, et donc de la culture française ? 

Desproges : le Français dégagé


Le portrait de Pierre Desproges dressé par Francis Schull témoigne d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître... tout comme les moins de 40 ans qui sont leurs parents, à vrai dire ! Un monde où on a le droit de rire de rien, mais où on le fait quand même. Desproges se moquait de tout et de tous, des racistes comme des bien-pensants, des mourants comme des jeunes, de la gauche de Mitterand comme de la droite coincée de Giscard. Entre les lignes et les citations pleine de finesse de celui qui se décrivait comme un "artiste dégagé", on découvre un humaniste en puissance, soucieux de réveiller ce qu'il reste d'esprit critique chez ses concitoyens par le rire. On est au final bien loin du titre racoleur et de révélation sulfureuses... quoi que : loin d'être le misanthrope qu'il aimait jouer, Desproges se révèle au travers des témoignages de ceux qui l'ont côtoyé être un homme généreux et intelligent. Un de ceux qui pourraient encore éclairer nos lanternes. 

Et maintenant ? 

L'objectif n'étant pas de dresser une liste d'artistes morts en proclamant avec des trémolos dans la voix que "c'était mieux avant", cette sélection se conclut sur deux nouveautés qui remettent le rire d'actualité. 


Accordez-vous une pause dans votre course effrénée et prenez quelques minutes par jour pour rire ou sourire. Voilà ce qu'offre le deuxième livre d'Olivier Tallec du genre, deux ans après Bonne journée (Rue de Sèvres, 2014), l'illustrateur réputé dans le domaine de la jeunesse revient avec une succession de saynètes à l'humour assez grinçant, destiné aux adultes ou aux grands adolescents. 
Les tableaux mettants en scènes des animaux ou des humains un peu paumés sur notre planète ne sont pas sans rappeler ceux du maître du genre Sempé, avec des mises en scène faussement naïves qui contiennent une chute vraiment mordante. 
Un concentré de sourires bien agréable. 


Ce sont dans les pires situations que le rire paraît à la fois comme impossible et plus que tout nécessaire. Le pari de l'association le Rire Médecin est de produire ce miracle : apporter de la légèreté là où il ne peut y en avoir : dans les hôpitaux, auprès de ceux qui traversent le pire, malades ou proches. 
Ce recueil de nouvelles donne un aperçu de la vie au sein des hôpitaux et de l'activité de ces clowns atypiques qui peuvent débarquer à grands bruits là où on ne les attend pas depuis 25 ans. 

Pour aller plus loin : 

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