dimanche 5 mars 2017

Ils étaient jeunes, ils étaient beaux

La compagnie québécoise les 7 doigts de la main entame un mois de représentations de Réversible, son nouveau spectacle consacré à la mémoire de nos aînés, dans la salle mythique du Bataclan.


Ils sont huit. Ils défilent devant nos yeux en susurrant des bribes de mots doux à ceux qui ont été leurs grand-parents, qui ont été jeunes comme eux et qui ne le sont plus. Peut-être même qui ne sont plus du tout depuis longtemps.

"Tant de souvenirs, comment peut-on tout oublier ?" questionne l'un des artistes. "Qui étais-tu quand tu avais mon âge ?" interroge un autre, "on dit que je te ressemble". Dès ces premières minutes, on est marqué par la vitalité de ces artistes qui évoquent la jeunesse disparue de leurs ancêtres. On se dit :

"Qu'ils sont jeunes, qu'ils sont beaux."

Une gymnaste joue avec un cerceau comme le ferait une enfant dans la cour de son l'immeuble. Tout à coup, elle fait valdinguer son accessoire à l'autre bout de la scène, ponctuant son geste désinvolte d'un sourire espiègle à l'adresse des spectateurs étonnés. Derrière elle, on découvre trois autres cercles argentés qui attendent patiemment d'être animés par ses jeux légers de bras et de jambes. Après tout, c'est ça être jeune, non ? Tenter, se planter, envoyer valser une chance parce qu'on en a plein d'autres qui se présentent derrière.


Les numéros se succèdent et sont tous portés par cette même urgence. Elle nous frustre parfois : on aimerait pouvoir tout regarder, s'arrêter sur une figure aérienne, pouvoir saisir ce que les  huit artistes exécutent simultanément, parfois avec un peu trop de précipitation. Mais peut-on vraiment regretter cette fureur de vivre qui inspire tout le spectacle, comme un cri du coeur contre ces années irréversibles qui détruisent la jeunesse et les souvenirs ?

Bien que conçu dans une autre perspective, le spectacle ne peut qu'entrer en résonance avec le lieu qui l'accueille à Paris. Les artistes qui se produisent sur cette scène quelques mois seulement après sa réouverture sont l'incarnation d'une jeunesse fière et moderne : polyglotte, un peu nonchalante mais compétitive et perfectionniste, inventive et libre, attachée à ses racines mais prompte à les dépasser.


Deux garçons se défient dès qu'ils se croisent et leur rivalité complice culmine avec un numéro de planche à bascule époustouflant : c'est à celui qui sautera le plus haut, quitte à finir dans le décor. Deux acrobates aériennes, pourtant isolées chacune dans une pièce, réalisent par magie les mêmes figures pour tromper l'ennui et la solitude.


Cette jeunesse, on la connaît, avec son skate au pied, ses amours naissantes ou finissantes et son goût du risque. C'était celle de nos grands-parents, sûrement, c'était aussi celle qui fêtait l'arrivée du week-end, au même endroit, quelques mois avant cette représentation au Bataclan.


A chaque pas au-dessus du vide, chaque ballon lancé très haut... et rattrapé, chaque pas de danse,  chaque pirouette et chaque sourire, notre cage thoracique se gonfle d'émotion; le Bataclan se remplit de vie. En adressant un message à leurs aînés, c'est bel et bien notre jeunesse que les 7 doigts de la main réveillent avec ce spectacle.

Allez voir Réversible, une création des 7 doigts de la main, au Bataclan jusqu'au 1er avril 2017 (réservation en ligne).
Puis en France cet été.

Pour en voir plus :


Les photos sont d'Alexandre Galliez.
La musique du spectacle est en ligne.

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